17 août 2026

Maison "chez la TAURIE" ou "chez la Germaine"

Maison “chez la TAURIE” (1) ou “chez la Germaine”

Cette maison appartenait à Annie CURTY, épouse de Joseph CHAMPROY dit « Mimi ». On l’appelait couramment « chez la Taurie ».
Je pense que ce surnom venait de l’ancienne propriétaire, que je n’ai pas connue personnellement.

J’ai cependant le vague souvenir d’y avoir vu Alfred JEANNERET, frère de Delphin, qui était bien l’époux de celle qu’on surnommait « la Taurie ». Son nom de jeune fille était Victorine LANOIX. Ils ont habité cette maison quelques années.

Par la suite, la maison est passée dans la famille de Charles HEME.

(1) P-S de F-C :
Taurie : définition extraite du dictionnaire du Moyen Français (1330-1500).
Le mot désigne une génisse, c’est-à-dire le féminin de taureau, issu du latin taurus.

En langage plus simple et dans l’esprit du village, cela voulait dire une femme solide, forte, bien charpentée, « bien bâtie » comme on disait autrefois. Ce n’était pas forcément méchant, mais plutôt une façon imagée, un peu rude et moqueuse, de décrire quelqu’un de robuste, selon l’humour paysan de l’époque.

Une génération plus tard, la mienne, la maison appartenait à Albert Curty et à son épouse Alice Guillaume, parents de Charles, Annie et Michèle.
Albert, frère de ma mère, était aussi mon parrain. Lorsque nous venions à Voillans, tous les trois ou quatre ans, j’étais souvent avec lui. Il m’a appris bien des choses simples et précieuses de la terre : reconnaître les champignons, greffer les arbres fruitiers, et mille autres petits savoirs qui ne s’apprennent pas dans les livres.

Mais revenons à la maison « chez la Germaine ».

Cette maison, inhabitée, servait de véritable quartier général, surtout l’hiver, quand la neige tombait en abondance. Et à l’époque, ce n’était pas trois flocons pour faire joli : on parlait de bonnes couches de vingt centimètres qui tenaient plusieurs jours !

La grande pièce, avec son poêle, faisait à la fois atelier et salle de réunion. Les jours de mauvais temps, on pouvait s’y retrouver une bonne douzaine.
On y fabriquait, avec des machines rudimentaires construites par Albert Curty et Louis Liard père, toutes sortes d’objets utiles : des licous pour les vaches (les cornadis n’étaient pas encore connus à Voillans), des cordes tressées, des liens de toutes sortes, et surtout de la vannerie.

Des paniers de toutes formes : à champignons, à vendange, à bûches, à bois… Il y en avait pour tous les usages et pour tous les dos.

La matière première, c’était les « véyllis » (en patois de Voillans), c’est-à-dire les clématites. Elles donnent des lianes régulières en diamètre et très longues. On allait les chercher dans les buissons, on les enroulait en couronnes, puis on les faisait cuire dans une énorme marmite remplie d’eau.
La cuisson facilitait l’épluchage et les rendait plus souples pour le travail. Une vraie cuisine… mais pour paniers.

Dans cette grande pièce enfumée par le poêle et par la fumée des cigarettes roulées au tabac gris, nous passions des heures.
Il y régnait une ambiance spéciale, chaleureuse, presque magique, que l’on ne retrouve plus aujourd’hui. Un mélange de bois, de fumée, de sueur et de bonne humeur.

Nous, les jeunes, nous restions là, à écouter les anciens raconter leurs histoires de chasse et surtout les bêtises qu’ils avaient faites dans leur jeunesse. Certaines étaient sûrement vraies… d’autres beaucoup moins, mais elles devenaient toujours plus belles en vieillissant.
Et souvent, ces bêtises se faisaient au détriment des autres, ce qui les rendait encore plus savoureuses à raconter.

Bref, chez la Germaine, ce n’était pas seulement une maison : c’était une fabrique de paniers, une école de la vie, et un théâtre où les souvenirs se racontaient avec sérieux… et beaucoup de mauvaise foi joyeuse.