Quand j’étais jeune, et pendant plusieurs années, les gens la désignaient toujours sous l’appellation « chez Kerboulot », bien que cette famille, qui s’appelait en réalité Sirhenry, soit, je crois, partie ou que ses membres soient décédés depuis longtemps. En tout cas, je ne les ai pas connus.
Elle a dû être achetée vers 1920 ou 1921 par Henri Kuhni, un fromager de nationalité suisse, qui était marié à Louise Trimaille, sœur de Bajot.
Ils avaient quatre enfants : Christiane, Henri, Frida et Suzanne. J’ai surtout fréquenté Henri, qui avait un an de moins que moi. Nous étions copains quand nous ne nous battions pas ensemble. Il avait un sale caractère, mais il apprenait ce qu’il voulait à l’école, seulement quand il voulait, et la maîtresse n’en avait pas toujours raison.
De temps à autre, il m’emmenait dans la cave à fromage de son père et, là, muni de la sonde spéciale, il prélevait des carottes dans les meules de gruyère que nous dégustions sur place. Nous allions aussi dans la pièce où son père entreposait la crème fraîche, et nous la mangions à la louche. Heureusement, son père ne nous a jamais surpris, car nous aurions probablement passé un mauvais quart d’heure.
Après l’ouverture de la fromagerie coopérative, qui lui avait enlevé pratiquement tous ses anciens clients, Kuhni a quitté Voillans et acheté une fromagerie à Clerval.(ancetre de la fromagerie Schneiter ) C’est là qu’Henri, qui avait alors une vingtaine d’années, s’est noyé accidentellement dans un trou d’eau glacée en y portant rafraîchir des bidons de crème fraîche.
Quelques années plus tard, la maison « Kerboulot » a été vendue à la famille Faivre.
P.-S. de F. C. :
C’est Jean-Noël, petit-fils de Denise Faivre, qui l’occupe actuellement.
Sur le fronton du linteau de porte de cette maison, il y a cette inscription en latin, que m’avait traduite l’abbé de … :
Sic sacerdos – Tel curé
Sic populis – Tel peuple
Non sic Dominus – Ce n’est pas le Seigneur
Une date : 1774, et des initiales J.C.R.
Puis : P.B. – 1847



