Maison « chez MERGUET », puis CHAILLET J.
Ancienne maison de Pélagie LANOIX, une pauvre vieille dont l’esprit était profondément troublé. Dans ses rêves, ou peut-être dans ses pensées nocturnes, elle recevait la visite du préfet ou du procureur de la République.
Elle élevait quelques chèvres, peut-être aussi quelques poules et des lapins, mais cela devait lui procurer un revenu si insignifiant que, comme pour d’autres personnes de cette époque, je me suis toujours demandé de quoi elle pouvait réellement vivre.
Certains prétendaient qu’elle avait été autrefois à l’aise, mais qu’elle aurait été ruinée vers 1915 ou 1916 lors du krach des emprunts russes. Il se disait d’ailleurs que ce sont ces titres périmés qu’elle transportait toujours avec elle dans une sorte de poche ou de musette.
Pour nourrir ses chèvres, qu’elle emmenait souvent avec elle, elle récoltait du foin non pas coupé mais arraché, à l’aide d’une faux qui coupait à peine plus qu’un morceau de tôle. Il faut dire qu’elle était bâtie comme un homme. Elle faisait d’énormes ballots qu’elle transportait sur une brouette, parfois sur plusieurs kilomètres.
Ses départs de la maison donnaient lieu à un rituel immuable : elle fermait la porte à clé, faisait quelques pas, posait la brouette, puis revenait s’assurer que la porte était bien fermée et qu’il n’y avait personne à l’intérieur, en regardant par le trou de la serrure. Ce manège se répétait plusieurs fois, trois ou même quatre, en s’éloignant de plus en plus loin, parfois jusqu’à près de cent mètres.
Longtemps après son décès, la maison a été achetée et habitée par Célestin HEME, dit « Merguet », et sa femme Louise. Elle est ensuite devenue la propriété de Joseph CHAILLET, qui ne l’a jamais occupée.

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