Un jour, des jeunes de Voillans se promenaient au lieu-dit le bois des Côtes lorsqu’ils le rencontrèrent. Il se balançait joyeusement au bout d’une liane, comme s’il rejouait une scène de cinéma au cœur de la forêt.
À cette époque, il semble que le bois des Côtes appartenait encore à sa famille, tout comme le bois de Combrecourt, la Râpe et les sapins avant le Creux d’Alouette.
Mon père, qui habitait la maison voisine, me racontait que E. Jackson lui avait un jour fait manger de la couleuvre — et non pas « avaler une couleuvre », au sens figuré.
Il s’agissait bien du reptile, préparé et servi par Jackson.
Mon père disait d’ailleurs qu’il avait eu bien du mal à digérer la chose, aussi bien sur le moment… que dans son souvenir.
E. Jackson consommait également beaucoup de champignons que bien des habitants du village n’auraient même pas ramassés.
Devant l’étonnement de mon père, il expliquait très sérieusement qu’il lui avait paru plus simple d’apprendre à reconnaître les champignons toxiques : selon lui, ils étaient moins nombreux que les bons, et donc plus faciles à retenir.
On m’a également raconté que E. Jackson s’était fait faire une paire de bottes en cuir à Paris.
Après les avoir essayées chez le bottier et les trouvant parfaitement à son goût, il serait reparti de la capitale… bottes aux pieds.
À l’époque, le voyage de Paris à Voillans était long et fatigant, et à l’arrivée, ses pieds et ses jambes avaient tellement enflé qu’il lui fut impossible d’enlever les fameuses bottes.
Il était alors retourné à Paris chez le bottier pour tenter de régler ce problème inattendu.
Quant à la fin de l’aventure, nul ne la connaissait vraiment : Jackson ne l’a peut-être jamais racontée jusqu’au bout, ou il a préféré en garder le secret.
Pendant la guerre de 1939-1945, Jackson revenait un jour de Clerval à bicyclette.
En arrivant vers le Creux d’Alouette, hameau de Voillans, il fut arrêté par une patrouille allemande.
Les soldats lui demandèrent ses papiers et, en lisant le nom « Jackson », crurent avoir affaire à un parachutiste anglais.
Heureusement pour lui, il ne tomba pas sur des soldats trop nerveux.
Ils le conduisirent alors auprès du maire de Voillans, Joseph Champroy, qui certifia que Jackson était bien un habitant du village, connu de tous.
Grâce à cette intervention, l’incident en resta là.
Je précise que ces anecdotes m’ont été racontées il y a plusieurs années et relèvent de la mémoire collective du village.
J’ai personnellement connu E. Jackson, lorsqu’il est passé à Voillans vers 1962-1964, accompagné de son épouse, polonaise ou d’origine polonaise.
Ils étaient venus rendre visite à mes beaux-parents.
J’étais heureux de faire sa connaissance, moi qui avais tant entendu parler de lui : c’était quelqu’un de très sympathique, ouvert, affable et bel homme également.
Je me souviens également avoir accompagné son épouse à l’écurie, à sa demande.
Elle était, me semble-t-il, vétérinaire, et intéressée par les vaches montbéliardes.
Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, il est possible de consulter Wikipédia, où l’on trouvera des informations sur la famille de Monsieur James Jackson, l’aïeul, ainsi que des éléments de généalogie concernant notre JACKSON E….., J….., W….., C….., et ses origines familiales.
