La villa BOUFFIER
Résidence de vacances de la famille BOUFFIER, probablement depuis plus d’un siècle.
C’était une famille lyonnaise aisée. Le père BOUFFIER, celui que j’ai connu, possédait une soierie à Lyon.
C’était toujours un événement quand ils arrivaient en été à Voillans avec leurs grosses voitures, chauffeurs et domestiques, dont Frédo HEME, originaire du village. Pour nous, pauvres petits culs terreux, c’étaient presque des seigneurs. D’ailleurs, pour beaucoup de gens, Madame BOUFFIER était simplement « la Dame », et notre mère ne manquait jamais de nous recommander d’être polis et de ne surtout pas oublier de les saluer.
Pendant leur séjour à Voillans, leurs enfants se mêlaient assez peu à ceux du village. Il existait d'ailleurs une certaine rivalité entre les enfants du « château » et ceux du village. Lorsque les uns et les autres se retrouvaient, les enfants du « château » semblaient parfois se considérer comme appartenant à un autre monde et laissaient transparaître un certain sentiment de supériorité, probablement davantage hérité de leur éducation que de leur caractère.***voir note
Cela se manifestait même à l’église, où je les ai parfois vus assister à la messe du dimanche matin, rentrant de la chasse avec des chaussures pleines de terre. Si l’un de nous s’était permis une telle incongruité, il aurait été montré du doigt et sévèrement critiqué. Mais voilà… eux, ce n’était pas nous.
Il arrivait quand même parfois qu’ils transgressent l’ordre ou les convenances, sauf Jacques, qui était plus âgé. Par contre Marcel, Paul, Madeleine et leurs cousins JOMAIN sautaient à notre passage sur la voiture à échelles, prenaient les guides du cheval et venaient faner le regain avec nous sous la tour du château.
Ma mère était pleine de respect pour ces gens-là, car tous les ans « la Dame » lui apportait de vieux vêtements ou des chaussures de ses enfants. Et comme nous étions plus près de la mouise que de la richesse, les cadeaux étaient toujours les bienvenus.
Dans la même propriété, attenante à la villa, se trouvait un logement qui, à l’époque des vacances, était occupé par la famille CARRIER, les frères de Madame BOUFFIER. Il y avait là, si je me souviens bien, Marcel, Jean et Édouard, ainsi que leur vieille mère.
Tous étaient médecins psychiatres à Lyon. L’un d’eux était le père de Jean et Paul, qui étaient alors encore des enfants, et c’est lui qui acheta le château en 1927 ou 1928.
***Note de François Champroy : Il y a toujours eu, à chaque génération, une espèce de petite guéguerre entre les enfants du « château » et ceux de Voillans. Cette rivalité, qui n'avait rien de bien méchant, faisait presque partie de la vie du village. Elle a aujourd'hui disparu avec le départ des familles Carrier et Bouffier de Voillans.
N'oublions pas ce que la commune de Voillans doit à la famille Carrier.
Entre autres, Paul Carrier a fait preuve d'une grande générosité envers notre village. Deux exemples me reviennent en mémoire.
Le premier concerne l'église de Voillans. Dans les années 1960-1965, le curé Voisard avait décidé de vendre le vieil autel, qui datait de la construction de l'église en 1770, afin de le remplacer par un autel plus moderne, permettant au prêtre de célébrer la messe face aux fidèles.
Aussitôt dit, aussitôt fait : l'ancien autel fut vendu pour la somme de 3 000 francs.
Prévenu par téléphone, Paul Carrier ne supporta pas l'idée de voir ce meuble historique quitter
Voillans. Il racheta donc l'autel au curé et le fit transporter au château.
En 1978, lorsque l'église fut nettoyée et repeinte, les bénévoles qui avaient restauré l'intérieur de l'église souhaitèrent remettre le vieil autel à sa place d'origine. En proposant de le racheter à Paul Carrier, celui-ci répondit qu'il le rendait à la commune, sans aucune contrepartie.
C'est également Paul Carrier qui fit don à la commune de l'alambic à bain-marie avec lequel nous distillons encore aujourd'hui.
Un seul regret subsiste : le grand lustre qui ornait autrefois la nef centrale de l'église. D'après ce que l'on m'a raconté, il se trouverait dans le hall de la sous-préfecture de Vesoul... Y est-il encore ?
Mystère.
Si, par hasard, Monsieur le Préfet du Doubs et Monsieur le Sous-préfet de la Haute-Saône lisaient ces lignes et souhaitaient faire un geste envers notre commune, qu'ils sachent que les habitants de Voillans seraient très heureux de voir ce lustre retrouver un jour sa place dans notre église !