23 mars 2011

Une Question d'Eau

Ce soir 23 mars, le Conseil Municipal se réunit autour des questions qui touchent à l'eau potable dans le village.
Questions sensibles depuis de nombreuses années et dans les temps anciens.
Dans les jours qui viennent nous tenterons d'en donner quelques aspects.

Historiquement.
Au XVIIIème siècle elle fut la cause de plusieurs épidémies qui frappèrent durement la population. 





Ainsi en novembre 1762, il y avait 9 morts et 22 malades au point que l'abbé Jean-François Jeannin s'adressait au subdélégué du baillage pour qu'on lui envoyât de l'aide : " la douleur que je ressens de voir mes paroissiens sans secours m'oblige de recourir à vous. " Un chirurgien fut dépêché. On fit également parvenir aux villageois "qui sont très pauvres et dans la plus grande indigence" de la viande pour faire du bouillon. 
En décembre, 54 habitants étaient touchés mais le chirurgien avait soigné beaucoup de villageois et il n'y eut pas de décès. Au XIXème siècle d'autres épidémies éclatèrent en 1844 et en 1856 (typhoïde). Elles étaient sans doute le résultat des eaux résiduaires d'Autechaux.
En 1849, le conseil municipal, avec le concours de l'architecte Goguely décidait d'établir une conduite d'eau en poterie à partir de la source du ruisseau "la Douve", située à 500 mètres à l'est au fond d'une prairie ; de construire un abreuvoir, deux piles de jet et un pontceau.
Au début du XXème siècle, le docteur A. Carrier, médecin honoraire des hôpitaux de Lyon et propriétaire au village (château) s'inquiète de la qualité de l'eau potable. Il fait réaliser à ses frais des sondages, des analyses chimiques et bactériologiques. Par la suite il lance le projet d'alimentation en eau potable du village. 1908 : réalisation du réservoir, de conduites et de bornes-fontaines. Les sources de la Choire et du Charmey sont utilisées. 1965 : réalisation du réseau d'adduction d'eau. L'eau courante arrive sur les éviers : un événement !


En mars 1946 dans son bulletin paroissial, le curé de l'époque l'abbé Gabriel Michel, évoquait déjà cet évènement :



UNE QUESTION D'EAU
Chers Paroissiens,
   Je m'adresserai aujourd'hui aux habitants de Voillans plutôt qu'à ceux d'Autechaux, et je leur parlerai d'une question matérielle plutôt que d'une question spirituelle. (L'abbé Michel dessert Autechaux et Voillans)
   A Voillans, donc, grâce à une initiative particulière, on étudie un projet d'adduction d'eau pour tout un quartier du village. L'eau sur l'évier ? Oui, parfaitement, l'eau sur l'évier. Jamais on n'aurait cru qu'on pourrait un jour avoir l'eau sur l'évier ; on est tellement habitué à prendre ses arrosoirs et à faire 150 mètres pour aller les remplir et autant pour les rapporter à la maison. Et avec ça, on ne se fatigue pas, on ne perd pas son temps, on n'économise pas l'eau, vous croyez ? Eh bien, je vous dis qu'on y regarde à deux fois pour se laver un peu les mains, qu'on fait la vaisselle dans un verre d'eau, qu'en été il faut courir à la fontaine pour boire un peu frais, et lorsqu'une vache est malade, qu'on maudit tout ce qu'on peut maudire parce qu'il faut aller chercher un peu d'eau. Et vous croyez que c'est agréable de vivre comme cela, et vous croyez que les jeunes peuvent se plaire au village ?
   Mais voici l'eau sur l'évier à moins que Perrette ne casse son pot à lait, (alors adieu veaux, vaches, cochons, couvée et ... eau). On tourne le robinet et voilà que coule un jet d'eau claire et limpide. Alors on se lave à grande eau, on fait la vaisselle dans une bassine, on boit autant d'eau qu'on peut (surtout quand il n'y a plus de vin), on ne maudit plus rien lorsqu'une vache est malade et surtout ... la patronne est toujours bien tournée (ce qui est appréciable, certes).
   Mais voilà ... il faut 20.000 francs pour avoir l'eau chez soi. 20.000 francs à l'heure actuelle qu'est-ce que c'est ? Le pris d'un gros veau. Voici trois recettes pour trouver 20.000 francs ; d'abord supposez que vous perdez un veau, cela peut arriver, alors les 20.000 francs que vous auriez perdus là, mettez-les pour l'eau ; ensuite, plantez un coin de pommes de terre supplémentaire qui pourra vous rapporter 20.000 francs en automne ; enfin placez une tire-lire à la cuisine et mettez-y un franc à chaque arrosoir d'eau que vous allez chercher, et vous aurez vite 20.000 francs.
   Parents, vous travaillez pour vos enfants. Quand vous serez morts, vos enfants seront heureux d'avoir l'argent que vous leur aurez laissé, et à cause de cet argent ils penseront, une ou deux fois, à vous qui aurez trimé toute votre vie. Mais si vous avez installé l'eau chez vous, chaque fois qu'ils tourneront le robinet ils diront : "Ah ! nos parents ont tout de même bien fait d'installer l'eau, on aime encore mieux ça que l'argent qu'ils nous ont laissé."
   Alors, vous hésitez encore ? Vous aimez peut être mieux que vos enfants "s'esquintent" à aller chercher l'eau à la fontaine, vous préférez qu'ils rêvent aux aises de la ville et qu'ainsi ils ne se plaisent plus chez vous ? Est-ce que vous laissez de côté la faucheuse pour tout faucher à la faux ? Il faut suivre le progrès.
   Enfin, quand vous aurez l'eau, vous ferez beaucoup moins de péchés, car il n'y aura plus cette raison de blasphémer, pour se mettre en colère, pour disputer, pour murmurer, pour se mettre en retard et pour ... brûler la soupe. C'est pourquoi je vous encourage à installer l'eau chez vous."
Votre Curé.
Extrait du Bulletin paroissial d'Autechaux et Voillans Mars 1946



Demain nous reviendrons sur les questions d'eau qui ne sont pas simples mais que nous partageons avec d'autres communes. 
Un article avait été publié sur l'ancien site de Voillans avec notamment un texte concocté par Alain Tisserand, texte qui reste d'actualité !
Une émission d'Arte en ce moment nous montre que la planète entière est confrontée à ces problèmes.