26 avr. 2021

L'Aubépine (suite)

Nous complétons la chronique sur l'Aubépine.



Route de Clerval 2013



Histoire, origines, croyances, toponymie et étymologie 

 

Dérivé du grec ancien "krataigos", désignant semble-t-il, chez Théophraste, un arbrisseau épineux.

Il nommait ce même arbrisseau "leukakantha" (leucos fait allusion aux fleurs blanches et "acanthe" aux épines). Cratægus signifiant qui fortifie les chèvres, du grec ancien cratos, fort et Aigos, chèvre).

 

Monogyna : du latin monogynus : à un seul ovaire (un seul style).

 


La Révolution Française créa le concept d’Arbre de la Liberté et fit planter 60.000 pieds d’Aubépine dans toute la France (1789 et 1792). 

Sous la Terreur, sinistre période, 63 habitants de Bédouin (Vaucluse) furent guillotinés, le village incendié et les survivants chassés, faute d’avoir découvert le criminel qui avait injurié la République en abattant l’arbre symbolique du village. 


Il exista aussi en Belgique des « Arbres de la Liberté » plantés en 1830, afin de célébrer l’indépendance du nouveau royaume, sans donner lieu à un tel fanatisme.




 

L’appellation française "Bois de Mai", le mois de mai, et May Whitethorn en anglais font bien entendu référence à l’époque de floraison de l’Aubépine ; floraison souvent abondante, voire exubérante, dont la blancheur évoque la virginité (comme le Lys blanc) et fut donc tout naturellement dédiée à la Vierge Marie.

 

La coutume, commémorant un événement ou un élu local par l’édification d’un mât (mai) décoré de fleurs, de rubans tricolores et de branches d’arbre, est encore très vivante en France. 


Elle s’inspire (sans bien souvent en connaître la signification profonde) de coutumes lointaines célébrant le renouveau, l’espérance de fertilité, de bonheur,…





 

L’Aubépine faisait partie des rites druidiques pratiqués par les Celtes

Elle avait le pouvoir de punir de la peine de mort un roi et sa famille pour mauvaise conduite envers ses sujets. 


L’arbrisseau était indispensable lors du rite pratiqué au sommet d’une colline.



Les Romains faisaient grand cas de l’Aubépine, les branches fleuries symbolisaient la pureté. 


Plus tard, la religion catholique, récupérant une partie des traditions du paganisme, consacra l’arbrisseau

et le mois de mai (époque de sa floraison) à la Vierge Marie. 



Il faut remarquer néanmoins que l’Aubépine n’est pratiquement plus jamais à l’honneur lors de ces manifestations folkloriques. D’autres espèces plus développées sont généralement choisies.

 

 




Dans le calendrier des arbres, l’Aubépine (lettre H de l’alphabet et s’appelait Uath) représentait la période du 13 mai au 9 juin.

 

Le plus vieux pied d’aubépine aurait été planté en l’an 63 avant JC et détruit en 1649 par les puritains de Cromwell.

 

Cette aubépine serait issue du bâton planté par Joseph d’Arimathie, revenu de Jérusalem après avoir enseveli le Sauveur dans un nouveau sépulcre. 

Ce dernier éleva à Glastonbury (Somerset-GB) la première église d’Angleterre qui devint par la suite une abbaye célèbre. Depuis cette époque, cette aubépine fleurissait tous les ans, la veille de la naissance du Christ et le jour de Noël, on apportait solennellement au roi un de ses rameaux. 


Cet arbuste miraculeux représentait la vierge, plus précisément la vierge de la Passion, Notre Dame des sept Douleurs, car si ses fleurs sont blanches, leurs étamines sont rouges comme des gouttes de sang. Ses rameaux piquants auraient formé la couronne d’épines du Christ.



Les Anglais l’appelle « l’épine rapide » soit quickhorn du fait qu’elle pousse rapidement.

 

De cette double consécration, l’arbuste possédait des pouvoirs ; la foudre ne l’atteignait jamais et l’on pouvait s’y abriter en toute sécurité.

 

« L’épine blanche » consacrée à la Vierge était souveraine contre l’enfer et prévenait des envoûtements des sorcières. Les magiciennes avaient d’ailleurs quelques affinités pour l’épine blanche, mais sa consécration à la Vierge leur fit préférer l’épine noire ou prunellier (Prunus spinosa). Quiconque offensait le buisson blanc, ou l’employait à des fins profanes, s’exposait à des malheurs.

 

Toutes ces différentes croyances chrétiennes proviennent en fait d’anciennes croyances celtes païennes où l’aubépine jouissait d’un redoutable prestige. L’aubépine sacrée, lors de la conversion de l’Irlande, avait été vouée à St Patrick, son évangélisateur. 



Aujourd’hui encore, si en Irlande et au Pays de Galles, les services publics veulent déterrer une Aubépine gênante, la population s’y oppose. 

La couper porte malheur d’autant plus qu’un tas de légendes courent sur certains arbres (le chêne et le frêne également), appelés «fairy thorn trees» les arbres aux fées ou pour l’aubépine, l’épine des fées. Pour cette dernière la croyance des gaéliques la définissait comme porte d’entrée vers le monde parallèle des fées.

 

Sur les places de beaucoup de villages d’Europe, un usage très répandu consistait à décorer l’arbre d’objets représentant la fécondité, en dansant autour de lui pour attirer la prospérité.

 

À Rome, dans le calendrier archaïque, l’aubépine ou le poirier sauvage (consacré à Héra), arbre lui aussi épineux aux fleurs ressemblant à celles de l’aubépine, était l’arbre de Mai. Les Romains avaient dédié l’aubépine à l’inquiétante déesse Maïa, mère d’Hermès, qu’ils célébraient en mai (étymologiquement mai vient de Maïa). 

Sa floraison annonçait la fin des temps froids. Purifications, nettoyages des temples, lavages des images des dieux étaient alors de rigueur ; on ne portait alors que de vieux vêtements que l’on changeait ensuite contre des neufs d’où le dicton populaire si connu : 


« En avril ne te découvre pas d’un fil, en mai fais ce qu’il te plait ».

 

 

 

On ne célébrait aucun mariage à Rome en mai, une tradition qui est encore vivace aujourd’hui. Ceux qui devaient avoir lieu étaient célébrés avec cinq torches d’aubépines fleuries conjurant la redoutable Maïa. Cette prohibition traditionaliste s’explique par l’observation de chasteté pendant ce mois de purifications. Aussi, on comprend mieux pourquoi l’aubépine fut consacrée à la Vierge Marie, si bien que le mois de mai devint tout naturellement le mois de Marie.